mercredi 30 mars 2011

Emmène-moi chez Ikea



Ikea nous réconcilie avec l'idéal socialiste. C'est normal, c'est Suédois.

Je n'ai encore rencontré personne qui n'aime pas Ikea. Au fil des rayons, nous découvrons que nous avons tous les mêmes envies et les mêmes besoins. Ikea, ni bourgeoise ni popu, n'accepte ni castes ni discriminations : nous sommes tous logés à la même enseigne. L'univers du design est désormais accessible à tous.

Devant les contours arrondis des lampes Fillsta, innocemment disposées entre les ampoules longue durée et les multiprises à 2,90 euros, je songe à l'ingéniosité du service marketing qui ne se contente pas de me suggérer un produit, mais répond à mes attentes avant que je n'aie eu le temps d'y penser moi-même. Sont forts, ces Suédois.

Combien de recherches et d'investigations aura fait Monsieur Ikea (Ingvar Kamprad) pour savoir que oui, j'aimerais beaucoup pouvoir suspendre mon vieux peignoir bleu au dos de ma porte de salle de bain plutôt que de devoir percer mon mur avec ma Black&Decker ? Et que s'il équipait mes serviettes d'une attache, il se pourrait fort que l'envie de les suspendre me prenne aussi ?

Comment a-t'il deviné que j'avais rêvé toute ma vie d'une lampe à énergie solaire, d'un repose-reins pour ma chaise de bureau, et d'un pouf creux pour cacher mes bouteilles de Grappa et mes Pringles ?

Comment sait-il que mon appartement ne me permet d'avoir qu'une table pliante Leksvik qui se déplie en grand les jours de fête pour inviter mes amis qui aiment à picorer dans des petits bols colorés Färgrik, et à essuyer leurs doigts gras sur des serviettes en papier de petit format Fantastisk ? Que des porte-bougies Blomster éclairent forcément mes soirées romantiques accompagnées d'un grand verre de vin Hederlig, mais qu'en revanche un rouleau adhésif Bästis me sera très utile pour enlever les poils de mon chat qui restent collés sur ma chemise quand je me fais une soirée plateau-télé Klack en solo ?

A-t'il installé des caméras dans mon appartement ? (Il est socialiste, après tout). N'y a-t'il donc rien d'individuel et d'original dans mon comportement, mes habitudes, mes goûts ? Suis-je au fond aussi prévisible qu'un gag de Bigard ?

Autant de questions me donnent faim. Devant la cafétéria un panneau annonce des boulettes de viande à 4 euros.
Tiens, ça tombe bien, j'adore les boulettes.

lundi 28 mars 2011

En votre aimable règlement


Aujourd'hui, je viens d'émettre ma première facture, comme on dit.

Une vraie fabrication maison, après des années de fiches de paye concoctées par d'autres. C'est moins calculé qu'un salaire, mais tellement satisfaisant d'avoir sa fabrique de factures à soi.
Ma facture, celle qui va rémunérer mes services pour la première fois, la facture d'une boîte qui n'a qu'un seul patron et un seul employé: moi.
Pfiou, c'est qu'on se sent tout p'tit.

Je me foutais jusqu'à présent de la gueule de tous ces commerçants qui exhibent derrière la caisse, à grand renfort de ruban adhésif, leur premier billet-de leur première vente-à leur premier client. Eh bien pour un peu, je mettrais ma première facture sous verre, avec un petit temple improvisé juste en dessous, avec force fruits frais coupés avec amour, encens rose fushia aux bâtons jaunes, et autres bondieuseries pour remercier qui de droit pour ce grand accomplissement.

Au moment de juger du caractère esthétique de ma première facture, qui au sortir de l'imprimante, fleurait bon l'encre de mon ami Hewlett, j'ai donc réalisé que j'allais accéder à une nouvelle forme de majorité financière, tout en mettant fin à la frustrante virginité de mon nouveau compte en banque professionnel.
Ah ah, et d'une! Qui donne envie d'une autre...

Après donc un compteur à zéro qui me faisait même hésiter à aller réclamer mon chéquier auprès de la banquière (elle avait de surcroit eu la bonne idée de retenir le nom de ma petite boite, alors que je désirais follement garder l'anonymat tant que je n'étais pas au moins Smicard), j'allais enfin pouvoir gagner la légitimité respectée du vrai client de banque, celui qui a donc une trésorerie positive.

Mon papier qui vaut de l'or entre les mains, comme Proust avec son muffin, ou comme le méchant critique dans Ratatouille, des souvenirs lointains sont remontés d'un coup à la surface. Un vrai flash-back, émouvant et symbolique.
J'étais très jeune et mon grand-père m'avait donné mon premier billet de banque, le plus petit de la collection mais 5 francs quand même, un vrai de vrai qui vaut 5 pièces de un, et qu'on peut aller claquer en toute frime à la confiserie du coin.

Fraises et bananes Tagada, bouteilles de coca, mini-barquettes de Nutella me tendaient les bras, un vrai jour de tiercé gagnant, version enfant.
J'ai eu la sensation d'avoir un trésor entre les mains. Presque un vide sous les pieds qu'il fallait combler à l'aide de cette fortune.

C'est alors que le monde des adultes m'a rattrapé. Alors que je rêvais de tout ce que j'allais pouvoir faire de ce rectangle magique, mon généreux donateur m'avait dit avec douceur :
"Maintenant, il te faut le mettre à la banque".

Comme quoi, on n'échappe pas à son destin.

Les mondes merveilleux de Facebook


Facebook est un monde exceptionnel. C'est comme à Ikea, on aimerait vivre à l'intérieur, tellement ça a l'air chouette.

Dans Facebook, personne n'est triste, jamais. Tout le monde est beau, tout le monde est gentil, généreux, meilleur ami de ses amis, et toujours occupé. C'est important. On ne peut pas ne rien faire dans Facebook, ce n'est pas autorisé, vous n'avez pas lu les conditions d'utilisation ? ...c'était écrit en petites lettres dans le contrat.

Tel un coup de baguette magique, le petit clic que fait la souris à l'instant où l'on accepte l'invitation de notre premier ami marque le départ du reste de notre vie : plus jamais on ne s'emmerdera comme un rat mort les dimanches après midi, plus jamais on ne perdra son job, plus jamais on ne se fera larguer comme un malpropre par notre petit(e) ami(e). Dorénavant, on "farnientera tranquille à une terrasse de café" le dimanche, on prendra "de nouveau horizons professionnels" de temps en temps, et un beau jour, on sera de nouveau "single" dans notre profil.

Ça vous rappelle quelque chose ? Moi aussi : mon CV. Où tout est expliqué de façon à prouver à mes futurs employeurs ma valeur sur le marché, montrer que je suis en mesure d'assurer une mission professionnelle en la menant d'un bon pas, toujours enthousiaste et toujours positif. Sans trêve ni repos. Aimez-moi, bordel, puisque je vous dis que je suis super.

Alors le doute s'empare de moi et me tord les boyaux en parcourant des pages entières de photos de gens souriants, nageant en plein bonheur, une caipirinha à la main et un ami au bras (il est important de montrer que vous n'étiez pas seul ce soir là, on pourrait croire à une mise en scène), qui sirotent un vin chaud sur des pistes de ski, ou s'évadent sur des voiliers où le vent souffle toujours en poupe :

Le jour où je ne serai plus un winner, si tant est que j'en sois un aujourd'hui, serai-je être recalé au poste d'ami ? Oublié, exit, hasta la vista ?
Tout comme dans mes réunions d'entreprise où seuls les plus performants et les plus actifs sont invités, serai-je banni des soirées ?
De la même façon que les chercheurs publient pour ne pas être oubliés, dois-je publier mes photos régulièrement pour ne pas être bouté hors du cercle ?
Dois-je me sentir sale et repoussant si j'ai seulement lu un bon bouquin ce weekend, bien calé au fond de mon canapé ?

Si seulement je pouvais appeler un ami pour lui demander la réponse...

vendredi 25 mars 2011

Loto, lotoooooo...


J'ai joué à l'Euromillions de ce soir. Et plutôt deux fois qu'une, deux loto-flash à deux euros. Les tickets sont dans mon portefeuille, comme un gâteau dans sa boîte, il ne reste plus qu'à allumer les bougies s'il s'avère que c'est ma journée.

Normal, il y a 137 millions d'euros à gagner. Pas moins. A vrai dire, je ne joue que pour les grosses cagnottes, d'abord parce que j'adore le mot cagnotte, et ensuite parce que l'idée de devenir millionnaire me rend soudainement très spéculateur, il suffirait d'y croire pour décrocher la timbale, le pompon, le paquet de blé, la valise de dollars, le gros lot quoi.

J'imagine le moment fatidique, une fois tous les numéros sortis, où les questions existentielles affluent vers le cerveau du gagnant: Que dit mon contrat de mariage? Mes amis sont-ils vraiment mes amis? L'Argentine, c'est loin? Quelles lunettes de soleil choisir pour aller discrètement faire mon entrée au bureau spécial de la Française des jeux? Aurai-je un conseiller en patrimoine rien que pour moi si je deviens riche? Dois-je vendre ma Citroën?

La question éternelle est de savoir ce qu'on ferait de tout cet argent. Ne dites pas que vous ne vous êtes jamais posé la question vous-même, votre nez s'allonge, vu!
Avec un peu de vin, un bon repas derrière soi et la complicité d'un cercle de copains prêt à se lâcher sur tous ses fantasmes, on arrive à un feu d'artifice d'idées quand le thème de la fortune subite est lancé : projets de vie très conformistes, comme très saugrenus. Les uns achèteraient leur villa à St Trop' et leur jet privé pour aller voir leur mère à la campagne, tandis que d'autres continueraient de travailler comme si de rien n'était, avec une flamme malicieuse dans le regard quand il s'agit de dévisager leur patron. Sans parler de ceux qui feraient le tour du monde en vélo, en goûtant à toutes les drogues (et femmes) du monde.

Quant à moi, la plus belle formule que j'ai entendue au sujet du gros lot, et de ce que son encaissement cash changerait dans la vie, c'est celle-ci, d'un vigneron passionné par son métier : "Si je gagnais des millions, je ferais exactement la même chose. Mais en mieux".

Comme dirait Desproges, étonnant, non?

Un peu d'air


C'est un peu embrassant de vous le dire comme ça, alors qu'on ne se connaît pas, et que vous risquez de mal me juger.

En plus, je ne voudrais pas qu'on pense que je suis sectaire, communiste, frontiste, voire même nihiliste. Je crois qu'il est plus sage de choisir les mots qu'il faut pour que toute mauvaise interprétation soit mise à part, et tout procès évité, c'est que je n'ai pas droit à l'aide juridictionnelle moi, et que dans le fond, je ne veux pas d'histoire, comme tout un chacun.

Alors voilà. Je l'ai déjà remarqué pendant mes premiers cours en la matière que cela ne tournait pas rond selon moi, que dans un monde très intellectualisé dominé par les faits, les chiffres et les preuves, il existait des espaces d'irrationalité qui échappaient à des règles que l'on disait universelles, irréfutables et de bon sens.

Cette géométrie variable me paraissait très compliquée pour rester logique avec soi-même, sauf si chacun accepte d'établir des priorités. Comme j'avais entendu un automobiliste frustré bien embouti à un carrefour par un camion dire : "Effectivement, on peut pas être deux à être prioritaires".
Il faut un chef et un sous-chef. Pas deux chefs. Sinon, c'est le bordel, on est d'accord.

J'ai donc pensé que les choses en France étaient bien faites : la foi chez soi, et la loi partout ailleurs. Cela met tout le monde d'accord. On peut vivre seul, sans la religion. Ou on la garde chez soi, parce que la grand mère l'avait mise là et qu'elle y est restée. Ou on l'invite, parce qu'on a besoin d'elle. On peut aussi s'en débarrasser, si elle fait fuir trop de gens parce qu'elle est devenue trop envahissante. Bref, on choisit ses amis, comme sur Facebook.

J'hésite encore à vous le dire, mais allez, je me lance : excusez-moi, mais moi je revendique mon droit à ne pas croire en dieu. Je préfère croire en l'homme, mais je comprends que certains soient dégoûtés et se tournent vers plus haut.
Je ne veux appartenir à aucune communauté, je n'ai pas de religion, enfin, disons que je n'adhère à aucune conception majoritaire existante. Et je ne crois surtout pas qu'un livre écrit il y a des siècles par un ancêtre lointain, sincère ou non, représente un vademecum fiable pour mener une vie adaptée à notre cadre de vie contemporain.

J'aimerais garder la liberté de rester sans étiquette. D'éviter de me trouver otage d'un conflit dans lequel il faudrait absolument rejoindre un camp. J'aimerais par exemple garder la liberté d'aimer le son des cloches et la fraîcheur des églises parce qu'elles font partie des villes, elles qui était là bien avant moi... sans négliger que le patrimoine est un trésor hérité qu'on pourrait se donner la peine de préserver, ne serait-ce que pour tous les pauvres bougres qui ont passé leur vie à trimer à le construire. Et ce, sans pour autant s'estampiller croyant.

J'aimerais garder dans le coeur la formule de Voltaire, affirmant "je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire". Je suis pour la liberté d'expression, qui permet le débat par les mots, avant l'oppression par les actes.

J'aimerais donc que l'on puisse continuer de pouvoir dire à l'autre que l'on n'est pas d'accord avec ce qu'il dit. Et plus que jamais aujourd'hui, pas d'accord avec ce qu'il fait.

J'aimerais aussi que la symbolique religieuse cesse de grignoter mon quotidien qui n'en a rien à foutre. Pour que manger de la saucisse sèche y compris le vendredi ne devienne pas un acte politique, mais reste tout simplement une préférence alimentaire (malheur, les "auvergnats" sont nombreux à la partager).
Je voudrais juste pouvoir garder le droit de croire en ce que je vois. Et d'ignorer trois livres au moins que je n'ai plus envie de lire depuis longtemps.

La liberté s'arrête où commence celle de l'autre. Et l'autre, il est dans l'espace public.
Une fois dehors, la porte de son chez-soi devrait se refermer sur nos secrets et nos croyances.
La pudeur a parfois du bon.

C'était mieux avant




Tout ce qui est ancien est plus beau, plus respectable, plus précieux. Avant ne sera jamais, jamais égalé. Non, jamais. N'insistez pas, c'est trop tard.

Les souvenirs, comme le vin, se bonifient avec les années. Plus c'est vieux plus c'est bon.

Les souvenirs d'enfance sont les meilleurs, même si sur le moment, si on nous avait dit que passer huit heures en classe serait notre plus beau souvenir on se serait frappé le ventre à grands coups en rigolant. Ou en pleurant. On y apprenait qu'en leur temps, Baudelaire, Rimbaud ou Toulouse-Lautrec étaient des débaûchés, des drogués, des ivrognes, puis qu'un siècle plus tard ils étaient devenus des génies. Mais des génies d'avant, des comme il n'y en aura plus.

A la cantine, les tomates avaient plus de goût, celles d'aujourd'hui sont aqueuses et insipides, tout juste bonnes à accompagner la salade d'aujourd'hui qui a moins de goût que celle d'avant.
Et puis les enfants étaient mieux élevés avant, et respectaient les vieux, les morveux d'aujourd'hui ne sont bons qu'à faire du gras sur la plage en jouant avec des jouets d'aujourd'hui qui sont moins bien que ceux d'avant.
Heureusement qu'on peut les habiller en Vintage pour se rappeler de la mode d'avant.

L'air qu'on respirait était plus pur avant, aujourd'hui il est corrompu par trop de gaz d'échappement parce qu'il y a trop de voitures. Les voitures aussi étaient mieux avant, d'ailleurs, aujourd'hui elles tombent en panne tous les quatre matins, et les garagistes ne savent même pas les réparer, parce que leur formation était mieux avant. Avant, on apprenait quelque chose à l'école, aujourd'hui on n'y fait plus rien. Avant, on savait ce que c'était l'effort, la récompense d'un travail bien fait, on savourait un quignon de pain, parce qu'on savait que ce serait peut-être le dernier, parce qu'il y avait les guerres, avant, et puis les famines, et puis les mauvais hivers.
Avant, c'était pas comme aujourd'hui.

Avant, c'était mieux, et puis c'est tout.

Si l'avant de demain est aujourd'hui, je préférerais déjà être à hier.

jeudi 24 mars 2011

Je préfère ...




Qu’il est doux d’imaginer venu le soir

Où tous deux goûterons aux délices,

De cet endroit chargé d’histoire,

Velours profonds, nappes lisses,


Quel bonheur de porter à la bouche

Des mets aussi délicats que rares,

Avec nos deux mains qui se touchent

Entre deux merveilles au Canard,


J’ai tant voulu qu’en cette Tour,

Nous soyons bienvenus à table,

Servis avec soin et amour,

Dans une intimité confortable,


J’imaginais des siècles de talent

Et de savoir-vivre à la Française,

L’élégance du geste, du comportement

Personnel soucieux de nous mettre à l’aise…


J’ai donc attendu de nombreuses années,

Avant de penser qu’il serait temps

De vivre enfin ce moment convoité,

Enfin, dîner dans ce monument...


Quand ma bourse fut donc présentable

Et mes prétextes suffisants,

J’ai demandé à retenir cette table,

Celle-là, déjà approchée en rêvant,


Mais froid comme l’Argent

Et hautain comme une Tour

L’accueil fut pédant,

Le mépris sans détour,


Alors j’ai simplement regardé l’enseigne

Et quitté les lieux sans remords,

En lançant à celui qui était le plus teigne :

- Voyez-vous, je préfère vomir dehors.

Ca sent bon la campagne


C'est un peu comme les jouets ultra sophistiqués des enfants, qui finissent au placard pendant que d'autres déchaînent leurs passions, comme un bout de carton qui devient un tapis volant, ou le petit dernier qu'on attache quelque part pendant que la baby-sitter est au téléphone.

Les jeux les plus simples sont les meilleurs, c'est bien connu. Comme les idées qui prennent leur source dans de petits délires très personnels.

L'inventeur du concept de la Patate En Maillot mériterait une ola dans le milieu de la pub, tant il incarne le talent, la dérision et l'efficacité.
Grâce à lui, peler des patates n'a jamais été aussi drôle, et manger une soupe devient un happening artistique pré-dinatoire.

Cela a dû être un grand soir pour le lancement de kartoffel.ch, un site qui met donc à l'honneur la facétieuse swisspatat : patate en écharpe, patate en cravate et autres congénères en tenues affriolantes. On notera les superbes mensurations du modèle présenté.

Merci donc à toi, ô créatif souriant et léger, génie du trois fois rien pour dire presque tout, maestro du couteau à peler la Bintje nouvelle dans le sens du poil, designer culinaire au talent pétri de références enfantines.
Un tout petit pas pour l'homme, un grand pas pour la publicité.

La "bouse de dernière minute" chère à Beigbeder ne nous aura donc pas été servie... et ce malgré l'origine rurale des protagonistes. Chapeau bas et merci pour la qualité des idées.

Alors c'est décidé, en hommage, dès ce soir j'étale sur ma table les pages société de Libé, je sors mon kg de Charlotte ou de Lady Christl... et avant de couper mes frites, je me lance dans le façonnage d'une ribambelle de nudistes.

mercredi 23 mars 2011

Touche pas à mon post


A l'heure où le bien penser est de rigueur, où la démagogie fait fureur et la pensée unique se répand dans les médias comme une épidémie de grippe A, l'internet semble être encore la seule zone libre.
Plus je regarde la télé, plus j'aime mon internet. Enlevez-moi mon écran plasma, mon téléphone portable, mon four à micro-ondes ou mon i-pod, mais pitié, laissez-moi mon internet.

Internet est le paradis de l'information. C'est comme la Foir'Fouille, on y trouve de tout si on est malin. Des vidéos, des infos en live, de la musique, de l'art, des amis, des amants, des cendriers en rotin, de tout.

Et des blogs. Il existe tous types de blogs.

Tiens, par exemple il en existe un pour savoir planter des clous : http://www.vodemotion.com/video/4965-bricolage-comment-planter-un-clou

Et puis il existe un autre pour savoir comment planter des clous avec une banane : http://www.youtube.com/watch?v=papxg2bj2GI

C'est bien ce que j'dis : on trouve de tout.

Les blogs représentent le paradis du non-filtré, du non-contrôlé, de l'extrêmement spécifique à l'extrêmement général, en passant par le scandaleux ou le comique, parce que simplement tout le monde s'en fout. Trop d'information tue l'information, et donc tue la censure. Il est assez émouvant de penser que là, quelque part dans le monde, à cet instant t, un petit être insignifiant de cette planète est en train d'écrire un post et de cliquer sur "publier" avec un soupir d'espoir, comme on lance une bouteille à la mer... espoir que peut-être, un jour où l'autre, on reçoive cette bouteille chez nous, en cherchant comment planter des clous, avec une armoire à moitié montée de chez Casto qui nous attend au salon.

Internet a le don de réconcilier le plus recroquevillé d'entre nous avec la mondialisation. Car, qui sait ? C'est peut-être un Américain de Boston qui nous aidera à savoir comment changer une cartouche d'encre sur notre imprimante Epson, un Indien de Madras qui nous fera partager sa meilleure recette de curry Tamil, ou un passionné de vins à Casteljaloux qui pourra nous recommander sa cuvée spéciale.

C'est beau, ce besoin de communication, de se sentir écouté, utile, connecté, reconnu ; pour un peu on en viendrait à penser que l'Homme est bon, quand il n'est pas menacé.

Tous un ordinateur, tous une connexion, tous une ouverture égale sur le monde, tous les mêmes possibilités d'échange.

L'internet, c'est la Liberté, l'Egalité, la Fraternité.

Alors touche pas à mon post.

mardi 22 mars 2011

En attendant demain


C'est décidé, je le fais. Demain.

Parce que j'y ai réfléchi tout aujourd'hui et qu'il n'y a plus aucun doute : je veux que ça change. Donc je peux encore en profiter un peu jusqu'à ce soir, parce que dès demain matin, je vais m'y mettre, faire ce que j'ai à faire, bref, boucler cette histoire, qu'on n'en parle plus.

C'est sûr, une telle décision n'est pas facile à prendre, surtout quand ça traîne depuis des jours, voire quelques dizaines d'années, mais c'est bien connu, mieux vaut tard que jamais, tout le monde le sait, il n'est jamais trop tard pour bien faire.

Donc, il n'y a plus qu'à, en somme. C'est déjà pas mal d'être en accord avec soi-même. Certains y pensent, et puis oublient. C'est la vie. Mais moi, aujourd'hui, non. J'y pense, je n'oublie pas, et je me le programme pour demain. L'affaire de quelques heures, pas de quoi fouetter un chat.

En même temps c'est un peu angoissant, ce lendemain qui va être si différent, je veux dire si éloigné des habitudes, des travers quotidiens, des petites dérobades. A croire presque qu'on sera quelqu'un d'autre, puisqu'on va enfin le faire. Enfin, le faire comme on veut parce qu'on le fait déjà mais pas comme il faudrait, par obligation, par lâcheté, par fatigue, par hypocrisie, par peur, parce que c'est aujourd'hui qu'il faut remplir de contenu et que la nature a horreur du vide (heureusement l'homme a créé les blogs).

Ah demain! Le grand jour, donc, le premier jour de la suite de ma vie, comme disait je ne sais plus quel le pub de fromages, ou de dentifrices, à moins que ce ne soit Pôle Emploi avec son nouveau logo, oui, rien de moins que le premier jour d'autre chose.

Alors voilà. Demain, j'arrête, je deviens ce que je voudrais être. Ca prendra du temps (d'autant plus que j'ai pris du retard avec toutes ces tergiversations), mais je crois que je tiens le bon bout. Rome ne fut faite en un jour, comme on dit là-bas.

Demain.

Demain...Comme j'ai dit hier.

Un esprit bien carré.


L'avion est un lieu mystérieux, où les codes habituels sont bousculés le temps d'un vol.

Pensé par des êtres supérieurement intelligents, qui ont eu le génie de copier le corps des oiseaux (prem's, sans pomper les cités d'or), c'est un lieu de découverte et d'étonnement permanent.

Première surprise, et pas des moindres, les habitants postés à l'entrée disent Bonjour, et sont très étrangement tous habillés de la même couleur. Ils donnent l'impression d'avoir été contents de nous revoir (oui, revoir, parce qu'ils nous ont reconnu lorsqu'on est monté, c'est évident, mais impossible de savoir où on s'est rencontré la première fois).

Accueillants et serviables, ils servent le thé à leurs hôtes, équipés de thermos datant de la première génération tupperware, qu'on ne voit plus que dans Mad Men. Introuvable vous dis-je, même chez Emmaüs (trop vintage, c'est sur liste d'attente).

Leurs toilettes sont du pur style Star Treck, même si on déplore la délation du signal lumineux qui fait que tout l'avion sait que nous Y sommes (c'est gênant). On est impressionné par la puissance d'aspiration de la chasse qui fait passer l'envie d'y aller avec son Chihuahua sur les genoux, question de prudence.

Tout ça pour dire que c'est un monde différent ici, et que la logique de l'homme du sol n'est pas la même que celui des airs : le porte-gobelet est carré comme leur esprit, alors qu'on vient de m'offrir un verre rond.

lundi 21 mars 2011

Les chats sont des Winners




10 vrais motifs pour être réincarné en chat dans une prochaine vie :

- Il suffit à Mistigri d'effleurer nos jambes pour gagner ses croquettes, pendant que Bacou attend patiemment dans son garage, à côté de sa gamelle vide.
- Pendant que Mistigri se roule langoureusement sur la terrasse au soleil, Bacou se roule dans les poubelles. Ou dans le fumier s'il a la chance d'être à la campagne.
- Quand Bacou fait une bêtise, il va se cacher dans son coin en attendant sa punition. Quand Mistigri renverse le bouquet de roses pour la troisième fois, il lui suffit de pencher un peu la tête de côté pour se faire pardonner.
- Bacou est pénible, Mistigri est espiègle.
- Quand Bacou dort au garage, Mistigri est bien au chaud sous la couette.
- Quand Bacou batifole sous la pluie, Mistigri réfléchit derrière les carreaux.
- Bacou nous admire autant que Mistigri nous méprise.
- Bacou joue quand on a envie, Mistigri joue quand il a envie.
- Bacou nous demande des caresses, Mistigri nous les offre.
- Quand Bacou pense : "mon maître me donne à manger, il me caresse, et il m'invite à rester chez lui : ce doit être un Dieu", Mistigri pense "mon maître me donne à manger, il me caresse, et il m'invite à rester chez lui : je dois être un Dieu."

Pensez chat, pensez Winner.

dimanche 20 mars 2011

Retenez-moi, ou je fais un malheur...


Il y a des moments où on sent l’énervement monter, comme ça, sans raison valable. L’heure de non-retour où on se dit que l’enfer, c’est les autres, comme dirait Sartre. Et même si la Beauvoir n’est pas là pour répondre, « Et l’Autre, il t’emmerde », pas de doute, d’autres s'en donnent à coeur joie pour nous prouver que c'est toujours d'actualité.

C’est par exemple quand on voudrait enfin se mettre sérieusement au travail qu’on entend des petits bruits de fond s’intensifier, oh trois fois rien, un collègue qui farfouille dans un sac en plastique (les plus agaçants, ceux qui font du bruit), une sirène de police qui en fait toujours trop, ou le saut feutré du chat qui monte sur le bureau 10 fois de suite si l’on travaille depuis son chez-soi (miaulement de frustration lorsqu’il est dégagé d’une main ferme, toujours 10 fois de suite).
La vérité saute alors au visage comme un rat acculé dans un coin : le monde est peuplé de cons, d’ailleurs moi aussi j’en suis un et je vous hais mortels, tous! Oui, tous, le postier, la boulangère avec son sourire qui n’est pas sincère et surtout, surtout, la voisine du dessus qui me les brise menu avec sa musique latino, ses fuites d’eau récurrentes et son rire hystérique qui traverse la cloison pour venir s’esclaffer dans MON oreille.

Avoir la haine porte bien son nom, on pourrait tuer une mouche (même grosse) juste avec le regard et se farcir dans la foulée le voisin qui laisse toujours sa poubelle sur le container et pas dedans. A moins qu’on ne repense à l’absurdité de son état et à la vacuité de tels moments pour se remettre d’aplomb (avec un verre de rouge derrière la cravate), et oublier à quel point il est vain d’en vouloir au monde entier pour rien de spécial. Enfin, presque rien.

samedi 19 mars 2011

Au verre et à l'oeil





On l’a tous fait : une fois une bonne bouteille terminée, impossible de s’empêcher de vérifier que tout est bien parti.
C’est la cerise sur le gâteau du dernier verre, le petit moment d'intimité qui fait du bien : aller regarder par le trou du goulot de la chose vide, en se recourbant les cils au passage (c’est bon pour la brillance).
Les bouteilles sont de plus en plus petites, ou les verres de plus en moins profonds, ou les soifs de plus en plus intarissables. Il n’empêche que c’est un fait : dans notre monde illimité ou l’on parle d’atterrir sur Mars avec un singe à bord, la bouteille a une fin, et elle est non rechargeable. C’est donc l’instant précieux de poésie du buveur, constater combien l’intérieur d’un flacon est complexe et beau, on le garderait presque en soliflore pour y mettre une rose crème.
Sauf que celle que vous voyez est une bouteille de bière, et qu’elle est pour le moment exclue des objets de fierté qui trônent dans le salon. A l’opposé de sa cousine aristo, la bouteille de Champagne, vraie seule habilitée à devenir un pied de lampe, ou un témoignage négligemment laissé à la vue de tous, quand c’est du Dom Pérignon.

vendredi 18 mars 2011

Viens t'éclater à la fête de ma mort




Si l'on a été un vrai chieur de son vivant, la moindre des choses à laisser à ses proches en partant ne peut être qu'un tout dernier affront. Pensons à eux, ils seront abattus, faisons-les chier une dernière fois.

Pour ma part j'ai décidé d'être enterrée dans le costume rose de Plastic Bertrand. J'aurai un cercueil en forme de canette de bière, avec un système de boîte à musique : chaque fois qu'un proche ouvrira ma boîte pour me dire un dernier au revoir, on entendra "ça plane pour moi" résonner dans le funérarium. Il y aura un concours : pour le 50ème invité qui ouvrira la canette, des confettis argentés et des ballons roses tomberont du plafond, des canons à fumée seront activés, Jean-Pierre Foucault débarquera en moto et viendra récompenser l'heureux gagnant avec un chèque géant en carton de 100000 euros. Je placerai des coussins péteurs sur les chaises de l'église pendant la messe, et j'activerai des boîtes à rires à chaque fin de phrase du prêtre. A la sortie il y aura un haut-parleur sur le corbillard, qui répètera en boucle "c'est la chenille qui démaaaarre" jusqu'au cimetière, puis après une brève cérémonie énoncée en Sanskrit chacun se dispersera sur la musique de Benny Hill.

J'espère que ça leur plaira.

jeudi 17 mars 2011

Pourquoi un frigo bien rempli fera toujours chaud au coeur ?




Parce qu'on pense à tout ce qu'on va pouvoir préparer avec toutes ces victuailles, les recettes sont illimitées.
Parce que les produits flambant neufs cachent les fonds de paquets moisis et les vieilles croûtes de fromage.
Parce qu'avec la lumière de l'engin, même les légumes verts ont l'air heureux, on se croirait dans un potager miniature où il n'y aurait plus qu'à cueillir.
Parce qu'on n'a plus besoin de faire les courses d'un moment.
Parce qu'on se dit qu'on pourrait bien tenir une semaine en cas de siège.
Parce qu'on sait qu'on est un gentil consommateur bien content d'avoir acheté, même le superflu.
Parce qu'à 4h20 du matin, en buvant un verre d'eau fraîche à la lueur du machin entrouvert, on est sur le point de retourner se coucher rassuré, le matos est bien gardé.